French Section(22 May 2014 NewAgeIslam.Com)
Abolition De L’esclavage, Y Compris Sexuel, Dans l’Islam (Le Coran)

 

 

Par Muhammad Yunus, New Age Islam

Le 6 janvier 2014 

(Co-auteur (avec Ashfaque Ullah Syed) de : Essential Message of Islam, Amana Publications, USA, 2009)

L’avènement/le cadre de la révélation coranique

Le Coran fut révélé au septième siècle de l’ère chrétienne, à une époque durant laquelle l’essentiel du monde se trouvait dans l’état de Jahiliya – un terme arabe qui désigne un état d’obscurité et de tristesse (Zulumat) où la notion de justice universelle n’avait pas émergé, les châtiments étaient arbitraires, l’homme du peuple était tyrannisé, oppressé et exploité, l’esclavage était la norme et les femmes étaient traitées comme des biens meubles et brutalisées, pour évoquer les vices majeurs de cette période. Le Coran advint pour sortir l’humanité de l’obscurité et l’amener à la lumière (2:257, 14:1, 57:9), ainsi que pour la débarrasser du fardeau qui l’accablait (7:157). Comme l’esclavage était à l’origine de bien des maux sociétaux, il devait être éradiqué afin d’assurer le succès de ses grandes réformes.

Comme les mœurs sociales sont profondément enracinées dans les différentes couches de la société et qu’une tentative d’y mettre fin de façon abrupte est vouée à l’échec, le Coran dut introduire ses réformes par étapes. C’est pourquoi il introduisit ses injonctions contre l’esclavage et ses réformes sociales et morales de façon concomitante. Il donne ainsi des directives claires dans le sens de la libération des esclaves (Riqab, Pl. Raqabah) dans les passages suivants:

·         90:13-16. Le Coran combine son exhortation à “libérer un esclave” (90:13) avec celles de « nourrir, pendant une famine (14), un parent orphelin (15), ou bien le nécessiteux (étendu) dans la poussière » (90:16).

·         4:92 commande de libérer un esclave croyant et de payer un dédommagement pour le meurtre accidentel d’un croyant.

·         5:89 inclut la libération d’un esclave parmi les options permettant d’expier un mauvais serment fait de bonne foi.

·         2:177 inclut la libération des esclaves parmi les vertus de celui qui est véritablement pieux.

·         9:60 inclut les esclaves, quelle que soit leur religion, dans la catégorie des gens dignes de recevoir la charité.

·         58:3 requiert la libération d’un esclave afin d’expier le non-respect d’un serment appelé Zihar, qui libérait un homme de ses responsabilités conjugales vis-à-vis de sa femme mais ne donnait pas à celle-ci le droit de divorcer :

Dans la mesure où l’esclavage et la prostitution allaient main dans la main, le Coran avait pour but d’éradiquer l’esclavage en réhabilitant les esclaves, hommes et femmes, à travers l’institution du mariage. Ainsi, le Coran exhorte les hommes à trouver une épouse parmi les servantes sous leur autorité légale (4:25), à épouser leurs esclaves célibataires, hommes et femmes,  (24:32) et à libérer leurs esclaves par un contrat raisonnable qui les autorise à payer plus tard pour leur liberté obtenue (24:33).

« Et ceux d’entre vous qui n’ont pas les moyens d’épouser (Yankiha) une femme croyante et chaste (devraient épouser) une des servantes sous leur autorité légale (Ma Malakat Aiman) et Dieu saura mieux votre foi. Certains d’entre vous sont liés à d’autres servantes. Epousez-les donc avec la permission des leurs et donnez leur leurs dots, raisonnablement, comme à une femme chaste et méritante et vous n’en ferez ni des prostituées ni vos maitresses… » (4:25).

« Mariez les célibataires parmi vous avec vos esclaves et servantes célibataires qui sont prêts pour le mariage. S’ils sont dans la nécessité, Dieu les enrichira de sa bonté. (Souvenez-vous) Dieu ne connait de limite (dans sa miséricorde) et il sait tout (24:32). Cependant, ceux qui n’ont pas les moyens financiers de se marier doivent attendre jusqu’à ce que Dieu les enrichisse de sa bonté. Et pour ceux qui se trouvent sous votre autorité légale et qui cherchent un contrat (pour leur liberté), rédigez-le pour eux si vous savez qu’il y a du bon en eux et sortez-les des richesses que Dieu vous a donné. Et ne forcez pas vos servantes à la prostitution afin d’accumuler les gains de ce monde alors qu’elles veulent être chastes – par recherche des plaisirs de la vie terrestre. Mais si certains les forcent (sexuellement), Dieu leur accordera sa miséricorde après qu’elles aient été ainsi forcées » (24:33).

Expressions coraniques positives au sujet des esclaves et des servantes

Bien que le Coran utilise les mots Fatat, Riqab, ‘Abd, pour désigner un esclave, une servante dans le sens historique, il emploie également l’expression respectueuse de Ma Malakat Ayman pour désigner les esclaves, les servantes et, d’ailleurs, pour tous ceux qui se trouvent sous l’autorité légale d’un autre. La plupart des érudits traduisent littéralement cette expression par « ce que la main droite possède » et la lient exclusivement aux esclaves, servantes, captives et aux prisonniers de guerre de sexe féminin. Une telle expression est trompeuse. Sa traduction la plus littérale serait : « ceux possédés par (ou sous la garde de) la main droite. » En revanche, le Coran emploie les termes de « main droite » de façon figurative afin de désigner un statut légal positif, comme dans les compagnons de la « main droite » et la « main droite » de Dieu. En conséquence, l’expression serait mieux rendue par « ceux qui se trouvent sous l’autorité légale d’un autre ». Ainsi, à travers son vocabulaire ingénieux, le Coran offre un statut nouveau et ennoblissant aux esclaves et aux servants, qui, historiquement, se voyaient reléguer au plus bas niveau de la hiérarchie sociale – exécrés, méprisés, brutalisés et séparés de ceux qui sont nés libres par des barrières infranchissables qui traversent les générations.

L’expression coranique Malakat Ayman (sing. milk al-Yamin) n’est ni un camouflage ni un simple euphémisme. Durant les jours du Prophète, les prisonniers capturés lors des conflits armés étaient répartis entre les musulmans médinois afin d’assurer leur détention en sécurité. Ces captifs, qu’ils soient des hommes ou des femmes, étaient virtuellement des « esclaves » mais étaient considérés comme des Malakat Ayman ; en conséquence leurs gardiens les traitaient avec compassion et considération. William Muir, un des biographes du Prophète les plus hostiles, présente cette citation d’un prisonnier : « les hommes de Médine nous mirent en selle alors qu’eux marchaient, ils nous donnèrent du pain de blé à manger alors qu’il y avait peu de nourriture, se contentant eux-mêmes de dattes » [1].

Sur un plan différent et contrairement aux codes de justice qui l’ont précédé ou qui lui ont succédé pendant plus d’un millénaire, le Coran ne crée pas de droit civil séparé ou de code pour les esclaves ou la classe des Malakat Ayman. En revanche, le Coran se réfère à l’esclavage dans le contexte des traditions du passé et même du présent mais son droit civil, commercial, familial et ses lois sur l’héritage sont pour tous les croyants, sans aucune référence à leur statut d’esclave ou non.

En somme, les répliques répétées du Coran en faveur de la libération des esclaves, ses injonctions claires à en prendre soin, à les libérer et à les épouser, son vocabulaire ennoblissant à l’égard des esclaves, des servantes et des captifs, ainsi que l’absence de distinction entre esclaves et hommes libres dans tout son droit social et civil, prouvent amplement que le Coran avait pour but de déraciner l’esclavage. En conséquence, le Calife Umar abolit l’esclavage parmi les natifs de l’Arabie. Il donna également des instructions claires à ses généraux, selon lesquelles, par la force du Coran, ils ne devaient pas réduire en esclavage les populations civiles des nations conquises [2]. Cependant, il rencontra une forte résistance parmi ses généraux et ses lois prirent fin avec la mise en place de la première dynastie islamique (40ème année du calendrier musulman), moins de deux décennies après sa mort (24ème année du calendrier musulman). Ainsi, la pratique de l’esclavage se réimplanta dans le monde islamique moins de trente ans après la mort du Prophète et elle fut maintenue vivace par les marchands d’esclave et tous ceux qui y voyaient leur intérêt durant les siècles suivants.

L’idéal coranique d’une société sans esclaves fut réalisé plus de douze cent ans après la mort du Prophète – mais pas dans le monde islamique. Abraham Lincoln, le 16ème président des Etats-Unis (1861-1865), décida l’abolition de l’esclavage par la Proclamation d’Emancipation (1er Janvier 1863). Ironiquement, la Sharia islamique classique, qui naquit plus de cent ans après le décès du Prophète, maintenait l’esclavage ; et les esclaves, les servantes et les concubines faisaient partie intégrante de la hiérarchie sociale de la civilisation islamique dans beaucoup de pays musulmans. Certains intellectuels musulmans radicaux et certains Muftis, qui pourraient être comparés aux Arabes hypocrites et croyants du désert, à l’époque du Prophète, qui étaient intenses en kufr [3], se font les avocats de la légalité de cette pratique préislamique mais il s’agit d’une réaction au message coranique. Ceci nécessite cependant une interprétation sans distinction de genre de la déclaration coranique qui apparait dans deux de ses vers appariés (23:5/6, 70:29/30), comme exposé ci-après :

 Interprétation sans distinction de genre des versets appariés 23:5/6, 70:29/30

Ces versets appariés, qui apparaissent dans le Coran sous la forme de phrases identiques insérées dans les passages 23:1-11 et 70:19-35 sont traduits par Yususf Ali comme suit :

« (Les croyants) s’abstiennent de toute relation sexuelle (23:5), sauf avec ceux auxquels ils sont liés par le mariage ou (les captives) que leur « main droite possède », - car dans leur cas, ils sont libérés de cette faute (23:6).

« (Ceux parmi les humains qui font régulièrement leurs prières et qui se montrent responsables) conservent leur chasteté sauf avec leurs épouses (70:29) et (les captives) que leur « main droite possède » - car dans leur cas, ils sont libérés de cette faute (70:30).

Les remarques entre parenthèses en début de phrase les précisent et sont tirées des parties précédentes du passage.

Etant donné que toutes les expressions du Coran pour « croyants » (Muminun), « humain » (insaan), Azwaj (traduit par « épouses » dans 70:29 et par « ceux auxquels ils sont liés par le mariage » dans 23:6) ne présentent aucune marque de genre, la déclaration coranique des versets appariés peut être traduite de façon plus précise comme suit :

« Et qui préservent leurs parties intimes/s’abstiennent de toute relation sexuelle (23:5/70:29) – sauf avec leurs épouses (Azwaj) (23:6/70:30), c’est-à-dire (awe*) ceux/celles qui se trouvent sous leur autorité légale (Ma Malakat Ayman), et ensuite (ils ne sont) pas passibles de blâme (30). » [*l’utilisation de « c’est-à-dire » est en adéquation avec l’utilisation de la particule awe  dans le verset 25 :62]

En réalité, la traduction des marques de genre est clairement erronée, pour les raisons suivantes :

·         Les passages remontent au début de la période mecquoise, alors que les musulmans étaient « seulement quelques uns, faibles et sans défense dans le pays, et avaient peur que leurs ennemis les oppressent et les enlèvent » (8:26). En conséquence, les sourates de La Mecque sont emplies d’exhortations à la patience et à la retenue et il est plus qu’improbable  que le Coran ait autorisé la licence sexuelle durant cette période, sauf pour confirmer ce qui était prévalent à l’époque – alors que les lois sur le mariage ne devaient émerger qu’une décennie plus tard.

 

·         Les passages 70:21-35 et 23:1-11, qui incluent les versets en question, établissent certains des attributs du véritable croyant. Si cela incluait le sexe en dehors des liens du mariage avec des captives ou des esclaves, le Coran aurait inclus celles-ci ou leur descendance dans ses lois sur l’héritage, qui couvrent tous les types de relations (4:33). Il n’est pas fait mention des Ma Malakat Ae-Man ou de leur descendance comme pouvant hériter de propriétés.

 

·         Si le Prophète ou le Coran avait voulu autoriser des comportements sexuels extra-institutionnels de la part des hommes, les Arabes païens l’en auraient sans aucun doute accusé. Ils le traitèrent d’imposteur (30:58), de fou (44:1, 68:51) et de poète dément (37:36). Ils l’accusèrent de proférer des mensonges et de s’adonner à la sorcellerie (34:43, 38:4), de blasphémer contre Dieu, d’inventer des contes (11:13, 32:3, 38:7, 46:8), d’user de magie (21:3, 43:30, 74:24), y compris de la magie déroutante (10:2, 37:15, 46:7), ainsi que d’être possédé par un Djinn  (17:47, 23:70, 34:8). Ils trouvèrent également sa révélation étrange et impossible à croire (38:5, 50:2) et la dénoncèrent comme les légendes des anciens (6:25, 23:83, 27:68, 46:17, 68:15, 83:13). Mais ils ne proférèrent pas le moindre mot qui indique, même le moins du monde, qu’il approuvait la licence sexuelle d’aucune sorte.

 

·         L’interprétation traditionnelle de Ma Malakat Ae’man comme une institution de l’esclavage dans le sens biblique ou historique est très trompeuse, comme exposé dans cet article.

 

·         Le Coran présente des « droits et devoirs » similaires pour les hommes et les femmes dans de nombreux domaines et des « droits et devoirs » justes et équilibrés dans les affaires conjugales, en établissant la monogamie comme une norme sociale [3].

Ce serait donc une grossière erreur que d’interpréter les versets 23:5/6, 70:29/30 en y introduisant des distinctions de sexe afin d’autoriser la liberté sexuelle complète aux hommes vis-à-vis des captives, des esclaves et assimilés. De plus, le Coran clarifie complètement son intention au fur et à mesure de la révélation. Ainsi, comme le remarque Muhammad Asad en citant al-Razi et al-Tabari, le Coran interdit les relations sexuelles avec toute femme qui ne serait pas légalement la sienne [4].

En conséquence, toute notion d’esclavage, y compris sexuel, est en complète contradiction avec le message du Coran.

Notes

1.       Rafiq Zakaria, Muhammad and the Qur’an, London 1992, p. 408.

2.       Shibli Noumani, al-Faruq, Delhi 1898, Karachi reprint 1991, p. 258.

3.       The Qur’an Prescribes Monogamy Is The Social Norm For Humanity

http://www.newageislam.com/islamic-sharia-laws/the-qur’an-prescribes-monogamy,-the-social-norm-for-humanity/d/6172

5.       Muhammad Asad, Message of the Qur’an, Gibraltar, 1980, Chap. 4, Note 26.

Muhammad Yunus est diplômé  de chimie de l’Indian Institute of Technology et un ancien dirigeant d’entreprise. Il étudie en profondeur le Coran depuis le début des années 90s, en concentrant ses efforts sur son message central. Il est le co-auteur de l’ouvrage d’exégèse cité, qui a reçu l’autorisation d’Al-Azhar al-Sharif du Caire, en 2002, et qui, suite à quelques modifications, a reçu le soutien et a été authentifié par le Dr. Khaled Abou El Fadl d’UCLA et a été publié par Amana Publications, Maryland, USA 2009.

URL of English Article: http://www.newageislam.com/islam-and-human-rights/muhammad-yunus,-new-age-islam/abolition-of-slavery,-including-sex-slavery-in-islam-(the-qur’an)/d/35148

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