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French Section (28 Oct 2014 NewAgeIslam.Com)


Face a L’attrait Grandissant De l’Islam Radical, Les Musulmans Modérés Se Doivent De Réfuter La Théologie Djihadiste, Affirme Sultan Shahin Au CDH Des Nations-Unies, A Genève

 

 

 

 

Face a L’attrait Grandissant De l’Islam Radical, Les Musulmans Modérés Se Doivent De Réfuter La Théologie Djihadiste Au Moyen D’un Récit Cohérent De La Modération Islamique, Affirme Sultan Shahin Au CDH Des Nations-Unies, A Genève

 

Les Musulmans Modérés, Epris De Démocratie, De Paix Et De Pluralisme, Peuvent-Ils Se Faire Entendre Dans Les Affaires Du Monde ? Ou Bien Une Minuscule Fraction Des Musulmans, Les Terroristes, Parlera-T-Elle En Notre Nom ?

Déclaration orale au Conseil des Droits de l’Homme des Nations-Unies de Genève, 27ème session régulière s’étant tenue entre les 8 et 26 septembre 2014-10-22

Débat général sur le sujet numéro 4 de l’ordre du jour: Situations relatives aux droits de l’homme qui requièrent l’attention du Conseil

Au nom du Conseil Mondial de l’Environnement et des Ressources (World Environment and Resource Council)

Par Sultan Shahin, Rédacteur-en-Chef, New Age Islam

17 septembre 2014

Monsieur le Président,

Nous, la majorité silencieuse des musulmans modérés, sommes désorientés. Les musulmans qui chérissent la démocratie, la paix et le pluralisme peuvent-ils encore faire entendre leur voix dans les affaires du monde ? Ce n’est qu’une minuscule fraction du milliard et demie de musulmans qui voit dans le Coran et dans le Hadith la permissions de tuer des innocents issus d’autres sectes et d’autres communautés. Mais l’Islam ou l’islamisme sont assimilés au terrorisme car la vaste majorité des musulmans reste passive et silencieuse.

Treize ans après le 11 septembre 2001, la menace terroriste islamique est devenue plus diverse, plus complexe et plus dangereuse. Il semble bien qu’alors que le monde s’est concentré sur un affrontement militaire avec les terroristes, il a négligé le défi que représente le récit idéologique des djihadistes. C’est ce récit islamiste extrémiste qui monte en puissance aujourd’hui et qui anime non seulement des groupes tels qu’al-Qaeda, les Talibans, Boko-Haram, al Nusra, EIL, etc. mais également des individus indépendants qui pourraient s’avérer encore plus dangereux.

Depuis que le chef des terroristes du monde s’est autoproclamé Calife et a rebaptisé son groupe Etat Islamique,  les musulmans sont déroutés. L’Organisation de la Conférence Islamique et la Jamia Azhar l’ont condamné, mais nombre d’organisations religieuses et même de gouvernements adoptent des positions ambigües. Pendant ce temps, des milliers de musulmans arabes, européens et américains ont rejoint ce groupe djihadiste. Cela a fait du mot Islam un mot qui apparait aujourd’hui comme le  synonyme de terrorisme. Les musulmans modérés doivent se rendre compte que cela doit changer.

Quelles sont nos erreurs, à nous, les musulmans modérés ? Pourquoi nos jeunes rejoignent-ils les rangs des radicaux ?

La vérité est que les djihadistes ont développé une version radicale de l’Islam, une théologie entière de violence, de xénophobie, de haine et de suprématisme islamique construite sur les croyances musulmanes populaires, qu’ils utilisent pour laver le cerveau de la jeunesse musulmane, alors que nous, les modérés, ne disposons pas d’une théologie cohérente de paix, de pluralisme, de coexistence et de justice entre les sexes à leur opposer.

Que devons-nous donc faire ? Selon moi, il nous faut faire face à cette situation en réfutant sans détour l’idéologie djihadiste et en élaborant une théologie cohérente de la modération, de la paix et de la justice entre les sexes dans l’Islam. Si nous ne le faisons pas maintenant, alors quand ?

Il est clair que les gouvernements musulmans modérés aussi que les peuples musulmans doivent faire preuve de plus de courage, en s’attachant à défendre leurs convictions et à réfuter l’idéologie radicale des terroristes.

La première chose à faire pour avancer sur cette voie, c’est d’étudier les raisons pour lesquelles les djihadistes parviennent à attirer nos jeunes. Comment se fait-il que l’idéologie islamiste extrémiste soit si attirante que les jeunes du monde entier y succombent ? De jeunes musulmans européens ou américains, éduqués et ayant un emploi, quittent leur vie confortable pour commettre des attentats-suicides. Même les jeunes musulmanes quittent les écoles privées et leurs maisons européennes, américaines, et évidemment arabes pour devenir les épouses de djihadistes.

Le djihadisme est une branche de l’idéologie wahhabite-salafiste, qui est la religion officielle de l’Arabie Saoudite. La radication des musulmans a commencé à prendre son essor lorsque les arabes parvinrent à quadrupler les prix du pétrole en mars 1974. Le financement disponible pour exporter cette idéologie islamique sectaire et radicale a crû exponentiellement depuis le bond des prix du pétrole et on dit qu’il s’élève à des dizaines de milliards de pétrodollars depuis des années.

Cette idéologie s’est développée et propagée de façon massive pour produire des djihadistes pendant la Guerre Froide. Mais, alors que l’Union Soviétique se retirait d’Afghanistan, l’idéologie salafiste-wahhabite qui avait fait naître le djihadisme continuait, elle, à être exportée et les djihadistes furent laissés libres de pratiquer leur commerce. Comme les Etats-Unis ne montraient plus d’intérêt particulier pour la région Afghanistan-Pakistan, l’Etat pakistanais et ses services secrets, l’ISI, s’efforcèrent d’exporter le terrorisme vers l’Inde et de renforcer leurs positions en Afghanistan. De façon surprenante, l’exportation de cette idéologie ne s’arrêta pas, même après le 11 septembre, où 16 des 19 terroristes étaient des citoyens saoudiens et, évidemment, tous des produits de la même idéologie islamiste. Aujourd’hui, le scénario n’a changé en rien.

Les musulmans modérés essaient de dissocier l’Islam du terrorisme depuis maintenant des décennies. Des millions de mots ont été écrits pour démontrer que l’Islam est une religion de paix. Le site web islamique et multilingue que j’ai lancé dans ce but, NewAgeIslam.com, a lui-même permis d’accomplir beaucoup dans cette perspective. Nous y réfutons les arguments idéologiques pro-terrorisme des djihadistes point par point. En récompense de nos efforts, nous avons été interdits au Pakistan.

Mais rien n’y fait. Les djihadistes et les islamophobes se sont alliés pour renverser l’idée islamique de paix et en faire une farce.

On pourrait penser que les musulmans feraient preuve d’introspection et s’interrogeraient sur les origines de ce mal. Pourquoi sont-ils si peu nombreux, ceux qui sont prêts à croire que l’Islam signifie la paix ? Pourquoi nos réfutations et nos démentis ne sont-ils pas pris au sérieux ? Mais plutôt que de regarder en eux-mêmes et de trouver des réponses, les musulmans font joyeusement porter le chapeau aux « ennemis de l’Islam ». C’est une excuse bien pratique. Elle permet de déplacer à la fois le blâme et la responsabilité. Mais nous, les musulmans modérés, devrions être capables de voir que faire porter la responsabilité aux « ennemis de l’Islam » n’aide en rien.

Tout le monde peut voir que ce sont des musulmans qui tuent des musulmans. Aucun « ennemi de l’Islam » n’est impliqué. Des milliers de musulmans non-wahhabites se font tuer dans différentes régions du monde. Les minorités religieuses sont attaquées. Une armée de candidats à l’attentat-suicide est disponible à tout instant pour quiconque en aurait besoin, bien que le suicide soit strictement interdit dans l’Islam. Dans des circonstances normales, persuader quelqu’un de se suicider devrait être une des choses les plus difficiles du monde. Mais pour les idéologues musulmans de la terreur, c’est la chose la plus aisée du monde. Ceux qui recrutent des futurs martyrs à Lahore ou à Karachi, par exemple, doivent gérer de longues files de candidats. Ce sont même parfois de jeunes couples tout juste mariés qui se présentent et demandent à être envoyés au Paradis le plus vite possible, en sautant la queue quand c’est possible. Pour beaucoup de musulmans, en tout cas, « la vie commence dans la tombe », comme le dit le refrain d’une chanson enseignée aux étudiants des madrasas. Ce n’est donc pas surprenant que les musulmans soient de plus en plus associés avec le terrorisme, l’extrémisme, la xénophobie, l’intolérance, l’injustice entre les sexes et d’autres maux.

Sous une forme ou sous une autre, l’idéologie extrémiste a toujours fait partie de l’Islam. Depuis l’époque du Prophète Mohammad (psl) lui-même, un groupe qui fut par la suite nommé Khawarij (rebelles, ceux qui ont quitté le giron de l’Islam) s’est montré actif, et ce pendant toute l’histoire islamique. Parfois, ils accédèrent au pouvoir, mais le plus souvent, les musulmans modérés sont parvenus à leur faire face et à les vaincre.

Néanmoins, les néo-khawarij d’aujourd’hui ont acquis une influence et un prestige énormes dans le monde musulman. L’idéologie Kharjiite se vit grandement renforcée par l’immense travail intellectuel accompli par Ibn-e-Taimiyya au XIIIème et XIVème siècle. Rédigés dans le contexte des invasions mongoles et de la destruction de Bagdad au XIIIème siècle, les ouvrages de nationalisme arabe de Taimiya promouvait la xénophobie et l’intolérance en proposant des interprétations et des représentations erronées des textes islamiques. L’érudit du XVIIIème siècle Najd Mohammad Ibn-e-Abdul adopta et compléta la pensée arabe nationaliste d’Ibn-e-Taimiya qui en appelait à une intolérance complète envers toute autre interprétation de l’Islam. Mais la théologie wahhabite ne pouvait encore débuter sa danse de destruction, pas avant d’avoir passé un accord, en 1744, avec Muhammad ibn Saud, le chef de la famille tribale d’Al Saud, afin d’acquérir une puissance militaire. Les premières cibles furent bien sûr les arabes paisibles et simples du Najd, qui avaient des tendances mystiques, et le peuple plus sophistiqué et cosmopolitain du Hejaz. Après bien des bains de sang et la destruction quasi-complète des précieux bâtiments anciens de l’Islam, des tombes des compagnons du Prophète et des reliques soufies, l’alliance wahhb-Saud finit par capturer l’ensemble de ce qui allait devenir l’Arabie Saoudite. Les Saud, ainsi que les descendants de Wahhab, forcèrent les ulémas et les musulmans du peuple à se convertir au wahhabisme, sous peine de mort. Ils s’efforcent à présent avec une réussite spectaculaire de coloniser et de radicaliser les esprits musulmans d’un bout à l’autre du monde.

D’un autre côté, les musulmans modérés, enclins à la spiritualité ne sont pas parvenus à construire une idéologie pacifique cohérente. Ils doivent se tourner vers l’enseignement des saints soufis. Les Soufis ont répandu l’Islam en Asie du Sud et du Sud Est. Leur méthode était simple. Ils présentaient l’Islam comme une voie spirituelle vers le salut plutôt que comme une idéologie de domination. Ils présentaient le Prophète Mohammad (psl) comme un parangon de compassion, de miséricorde et une bénédiction pour l’humanité. Ils se concentraient sur les versets coraniques et les proverbes du Prophète qui transmettaient un message de paix, d’égalité entre les hommes, de pluralisme, de coexistence, de justice entre les sexes, d’égalité entre tous les prophètes et entre les livres saints devant Dieu. Ils négligeaient ou refusaient tout simplement de prendre en compte les questions et les références dérangeantes aux versets militants du Coran et aux récits violents et intolérantes du Hadith.

Lorsque les soufis propageaient le message de l’Islam, il n’y avait pas besoin de discuter de ces versets et de ces ahadith. Mais la situation a changé depuis. Après qu’on leur ait lavé le cerveau avec l’idéologie politique intolérante d’Ibn-e-Taimiya, d’Abdul Wahhab et plus tard de Maulana Maududi et de Syed Qtub, etc. les djihadistes emploient à présent ces versets et ces ahadith violents et exclusivistes comme des armes de guerre. Dans leur guerre pour la domination du monde, ils ont préparés des réponses à toutes les questions que pourraient se poser des recrues potentielles. Compte tenu de la disponibilité constante et gratuite d’une littérature islamiste et djihadiste sur internet, il est même devenu possible pour des loups solitaires de se radicaliser.

Les récits d’ex-djihadistes, que Dieu a sauvé au dernier moment, montrent que les fatwas haineuses, suprématistes, exclusivistes rédigées par des penseurs djihadistes comme celle qui suit sont sur les lèvres de tout le monde dans les groupes radicaux :

          « Même si les musulmans s’abstiennent du Shirk (polythéisme) et sont des Muwahhid (des croyants sincères en l’unicité de Dieu), leur foi ne peut être parfaite à moins qu’ils ne parlent et n’agissent avec haine à l’encontre des non-musulmans. »

------ Shaikh Muhammad bin Abdul Wahhab, Majmua Al-RasaelWal-Masael Al-Najdiah 4/291

«  L’Islam souhaite détruire tous les Etats et tous les gouvernements du monde qui sont opposés à l’idéologie et au programme de l’Islam, quel que soit le pays ou la nation concerné. Le but de l’Islam est de construire un Etat sur la base de sa propre idéologie et de son propre programme, quelle que soit la nation qui joue le rôle de héraut de l’Islam et quelle que soit la nation dont le règne soit ébranlé par le processus d’établissement d’un Etat islamique idéologique.

L’Islam demande la Terre – pas seulement une partie de celle-ci, mais son entièreté… car toute l’humanité devrait bénéficier de son idéologie et de son programme social… Pour ce faire, l’Islam souhaite faire jouer toutes les forces qui peuvent provoquer une révolution et un terme composite pour l’usage de toutes ces forces est « djihad »…. Le but du « djihad » islamique est d’éliminer le système non-islamique et d’établir à sa place un système islamique de gouvernement. »

----- Abul A'la Maududi dans Jihad fil Islam

Il est clair que si les musulmans modérés veulent renverser ce processus, ils devront étudier avec précision les sources de la force du djihad radical.

D’après moi, l’immense succès du salafisme-wahhabisme est dû à la croyance aveugle de la majorité des musulmans dans le fait que le Coran est un livre « non-créé », tous ses versets, y compris les versets contextuels, étant universellement valables, le Hadith regroupant effectivement d’authentiques proverbes du Prophète, et la Sharia étant une loi divine indiscutable.

Pourquoi l’ancienne controverse quant au fait que le Coran soit un livre « créé » ou « non-créé » est-elle pertinente pour nous aujourd’hui ? Si le Coran a bien été créé, c'est-à-dire s’il s’agit d’une compilation de versets qui furent ajoutés au fur et à mesure pour guider le Prophète quand le besoin s’en faisait sentir, alors le contexte des versets devient important. Dans ce cas, seuls les versets qui ne requièrent pas un contexte particulier revêtent une signification universelle. C’est bien la voie à suivre. C’est l’approche du bon sens.

En revanche, si le Coran n’est pas créé, comme apparemment toutes les madrasas l’enseignent, mais bien plutôt une copie du livre éternel qui repose en sûreté dans le « Lauh-e-Mahfooz » (la chambre forte du Paradis), depuis toujours, alors tous les versets sans exception revêtent une signification universelle et doivent être suivis sans faire référence au contexte et sans poser de questions sur leur applicabilité aujourd’hui.

C’est pourquoi toutes nos madrasas qui enseignent que le Coran n’est pas « créé » et est divin en lui-même sont en train de fabriquer des radicaux littéralistes qui ne voient aucune raison d’utiliser leur raison. On pourrait même imaginer que si le Coran disait « tuez les kafir » alors ils pourraient tout simplement sortir de chez eux et tuer ceux qu’ils considèrent comme « kafir ». Aucune référence à un contexte particulier n’est nécessaire. Tous les mots sont perçus comme ayant une signification éternelle.  Le Coran est considéré comme une simple copie du livre éternel de la chambre forte Lauh-e-Mahfooz du Paradis. Mais s’il s’agit d’un ouvrage créé par Dieu, alors les musulmans devront en étudier le contexte et s’interroger sur l’applicabilité d’une exhortation particulière aujourd’hui.

Imaginez l’impact des versets suivants sur un radical littéraliste de la tendance salafi-wahhabite. Il s’agit d’ailleurs de l’un des versets utilisés pour endoctriner les terroristes, dans lequel Allah ordonne :

          « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah, ni au Dernier Jour, et qui n’interdisent pas ce qui a été interdit par Allah et par Son Messager Muhammad, et ceux qui ne reconnaissent pas la religion de la vérité (c'est-à-dire l’Islam) parmi les peuples de l’Ecriture (les juifs, les chrétiens, etc.) jusqu’à ce qu’ils paient le Jizya par soumission volontaire, et se sentent dominés. » --- (le Saint Coran, Chapitre 9, Verset)

Ce verset et un certain nombre d’autres similaires ne peuvent être compris que dans leur contexte historique et nous rappellent simplement les difficultés quasi-insurmontables auxquelles le Prophète (psl) dut faire face lors de l’avènement de l’Islam. On ne peut plus dire qu’ils soient applicables aujourd’hui. Nous ne sommes plus en train de mener les batailles de Badr, d’Uhad ou de la Tranchée, qui datent du VIIème siècle.

Mais si le Coran est un livre non-créé, divin en lui-même, dont tous les versets, séparément, individuellement, sont d’une valeur éternelle en tant que commandements divins, sans qu’il soit nécessaire de se référer au contexte, vous pouvez imaginer comment ces versets, considérés comme des ordres divins, serait pratiqués aujourd’hui – de la même façon, bien entendu, qu’ils le sont par une poignée de terroristes, dont le nombre est malheureusement en augmentation.

Il ne peut faire aucun doute que le Coran est un livre créé. Nous savons que sa création a progressé avec la marche des évènements durant l’enfance de l’Islam. Il ne fut pas révélé du jour au lendemain ou durant quelques réunions consécutives, comme cela aurait été le cas s’il s’agissait simplement d’une copie de celui de Lauh-e-Mahfooz. Comment autrement pourrait-on expliquer la progression des idées dans le Coran ? Les versets coraniques ont été révélés durant une période de 23 ans, qui couvre la vie du Prophète Mohammad. Il fut d’abord donné au Prophète un ensemble de directives alors qu’il se trouvait à La Mecque, directives liées aux valeurs universelles de la religion, et il fut ensuite guidé à travers le reste de sa vie, lorsque la situation l’exigeait. La tragédie actuelle est que même les érudits de la mouvance soufie d’aujourd’hui, fruits du système des madrasas, utilisent les mêmes vieux arguments, comme le font les érudits wahhabites, afin d’essayer de prouver ce qui est en fait essentiellement une thèse salafiste-wahhabite, c'est-à-dire que le Coran n’est pas un livre créé, qu’il est divin comme Dieu, éternel et qu’il en est de même de tous ses versets, y compris ceux qui sont contextuels et militants.

Une autre source de l’influence salafiste-wahhabite-djihadiste est la croyance aveugle des musulmans dans les ahadith, en tant que proverbes authentiques du Prophète Mohammad. La littérature djihadiste cite les ahadith à profusion pour prouver que le meurtre de civils est justifié, et que le Prophète lui-même l’autorise, et que ce que l’on nomme aujourd’hui « dommage collatéral » est justifié de ce fait. L’idée même que des prétendus citations du Prophète qui ont été écrites et rassemblées jusqu’à 300 ans après le décès du Prophète puissent avoir le moindre caractère sacré paraitrait ridicule à n’importe quel individu doué de raison. Mais les musulmans placent ces ahadith sur un piédestal tout juste inférieur ou équivalent, voire même supérieur au Coran. Une secte wahhabite particulièrement soutenue par l’Arabie Saoudite se nomme d’ailleurs elle-même Ahl-e-Hadith (peuple du Hadith). Les musulmans modérés n’entreprennent rien de sérieux pour contrer cette foi aveugle.

L’attitude des musulmans à l’égard de ce que l’on connait sous le nom de « lois de la Sharia » est similaire. Tandis que tous les califes faisaient usage de lois de la Sharia rudimentaires, basées sur le Coran, sa codification a eu lieu à travers toute l’histoire de l’Islam. Sous sa forme actuelle, elle est née durant l’ère Abbaside, plus d’un siècle après le décès du Prophète. Comme toutes les lois, elles n’ont pas été immuables au cours des siècles. Leur interprétation et leur application n’ont cessé de changer d’une société à l’autre et d’une époque à une autre. Des communautés musulmanes différentes de par le monde pratiquent ce qu’elles appellent Sharia de façon différente. Et pourtant, les érudits musulmans lui donnent un statut divin. Bien que tout le monde sache que pendant des décennies de nombreux érudits se sont efforcés tant bien que mal de la codifier, même les ulémas musulmans modérés ne diront jamais clairement que ce qu’on appelle communément la Sharia est issue de la main de l’homme, et n’est donc pas divin.

C’est là que se trouve la force du salafisme-wahhabisme et sa branche violente, le djihadisme. Si tous les musulmans croyaient en la « non-création » du Coran, en l’universalité de chaque verset, en la sainteté du Hadith et la divinité indubitable de la Sharia, alors comment pourrions-nous distinguer l’un de l’autre ? Comment pourrions-nous distinguer un modéré d’un extrémiste ?

Comme le Ministère de l’Intérieur saoudien, le Prince Mohammed Bin Nayef, l’a dit au Conseiller Spécial américain Holbrooke le 16 mai 2009, al-Qaida a détourné l’Islam. Il a dit : « Les terroristes nous ont volé ce que nous avions de plus précieux… Ils ont pris notre foi et nos enfants et les ont utilisés pour nous attaquer ». (1) Au sujet de l’ampleur de la pénétration islamiste dans le Royaume, il a dit en 2003 que les saoudiens ont découvert des islamistes radicaux dans 90% des mosquées. Puis, le 24 mai 2009, l’ambassadeur Holbrooke assista à un briefing anti-terroriste donné par le Ministère Saoudien de l’Intérieur, au sujet des racines anciennes de l’idéologie salafiste : « Le briefing anti-terroriste commença par de l’histoire et de la géographie : le capitaine Bandar Al-Subaje dit que l’idéologie Takfiri qui sous-tend les groupes terroristes remonte aux premiers jours de l’Islam et avait joué un rôle dans le meurtre des deux premiers Califes. Ses principes se retrouvaient dans les croyances des Frères Musulmans en Egypte et s’étaient répandus de là vers l’Afghanistan et vers le Pakistan et enfin à la péninsule arabique, où elle avait été utilisée par les terroristes modernes, y compris Al-Qaeda. » (2) Bien sûr, le Ministère saoudien ne lui dit pas que le Royaume lui-même avait été le principal exportateur de l’idéologie salafiste-wahhabite pendant plus d’une siècle, et en particulier durant les trois dernières décennies, et ne s’est pas arrêté, même après le 11 septembre 2001.

Comme je l’ai déjà dit, nous, les musulmans modérés, avons besoin de développer une idéologie cohérente de modération dans l’Islam. Comment pourrions-nous contrer la théologie de violence, de xénophobie, de haine, d’intolérance, de suprématisme islamique, d’injustice entre les sexes, si ce n’est à l’aide d’une théologie de la paix, du pluralisme, de la coexistence et de la justice entre les sexes ? Et si nous le faisons pas maintenant, alors quand ?

La conclusion est donc la suivante : bien que la majorité des musulmans soit toujours à la recherche de mots pour exprimer leur position, leur cœur rejette totalement les meurtres des djihadistes. Cependant, quelque difficile que puisse être la tâche de formuler ses sentiments dans une idéologie cohérente de paix et de fraternité humaine, nous n’avons plus de temps à perdre, plus d’excuses hypocrites ou de compromis à disposition. Nous sommes confrontés à une nouvelle forme de fascisme ; nous devons trouver notre voix, et mettre fin au silence.

1. http://www.scoop.co.nz/stories/WL0905/S00071/cablegate-special-advisor-holbrookes-meeting-with-saudi.htm

2. https://wikileaks.org/cable/2009/05/09RIYADH702.html

URL of English article: http://www.newageislam.com/radical-islamism-and-jihad/sultan-shahin,-editor,-new-age-islam/facing-massive-appeal-of-radical-islam,-moderate-muslims-must-refute-jihadist-theology-of-violence-with-a-coherent-narrative-of-islamic-moderation,-says-sultan-shahin-at-unhrc-in-geneva/d/99112

URL: http://www.newageislam.com/french-section/sultan-shahin,-rédacteur-en-chef,-new-age-islam/face-a-l’attrait-grandissant-de-l’islam-radical,-les-musulmans-modérés-se-doivent-de-réfuter-la-théologie-djihadiste,-affirme-sultan-shahin-au-cdh-des-nations-unies,-a-genève/d/99757

 




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