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French Section ( 18 Jun 2013, NewAgeIslam.Com)

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Les Musulmans N'ont Pas Besoin de Dire aux Hindous Qui, ou Ce Qu'ils Sont

 

 

Être Ahl-e-Kitab n'est pas une garantie d'une meilleure relation avec les musulmans. En effet, être musulman en soi ne profère pas un tel espoir. Donc, en faisant valoir que les hindous sont Ahl-e-Kitab, il est peu probable que cela améliore les relations entre hindous et musulmans. En fait, cela ne peut faire qu'empirer les choses. Si les musulmans communément commencent à croire que les hindous ne sont pas « polythéistes » et qu'ils sont Ahl-e-Kitab, ils commenceront aussi à attendre des hindous qu'ils cessent de prier devant leurs idoles. Ils peuvent même s'attendre à ce que les hindous évitent le polythéisme et commencent à croire en un « seul vrai Dieu ». Lorsque cette attente n'est pas satisfaite et elle ne le sera pas, parce que les Hindous eux-mêmes ne se soucient pas de savoir s'ils sont Ahl-e-Kitab ou « polythéistes », cela peut conduire au ressentiment, à la coercition et à l'effusion de sang.

De Saif Shahin, New Age Islam

30 décembre 2012

 Aiman Reyaz a récemment affirmé que les hindous, comme les musulmans, les chrétiens et les juifs, sont aussi « Ahl-e-Kitab », les gens du Livre, communautés qui ont reçu la parole de Dieu. Son commentaire fait avancer l'argument de Muhammad Yunus, publié il y a un peu plus d'un an, que les hindous ne sont pas les « mushikrin » (personnes qui en associent d'autres avec Dieu) mentionnés dans le Coran. Ces articles et bien d'autres sont destinés à rendre l'Islam plus ouvert et les musulmans plus tolérants vis-à-vis d'autres religions, les hindous en particulier.

 Bien que j'apprécie profondément ces intentions, je me demande aussi si ces arguments servent vraiment la fin qu'ils ont entrepris d'achever. En effet, je crains qu'ils aient l'effet contraire.

 Yunus sb. fonda son argumentation sur deux principes. Il a d'abord cité les écritures saintes hindoues pour montrer que le monothéisme n'était pas étranger à la religion, que « certains anciens saints hindous doivent avoir été inspirés par la notion d'un Dieu, en d'autres termes, qu'ils ont reçu la révélation de Dieu ». Puis, il s'est interrogé en assimilant les hindous d'aujourd'hui avec les Arabes païens de l'époque de la révélation pour qui le terme « polythéistes » est effectivement utilisé dans le Coran, en montrant que les musulmans hypocrites ne sont pas différents. Comme de tels musulmans ne sont pas considérés comme des « polythéistes », il n'existe aucun fondement pour traiter les hindous ainsi.

 Reyaz sb. développe aussi deux arguments de base pour soutenir son affirmation. Premièrement, bien que seulement quelques prophètes soient nominativement mentionnés dans le Coran, il est clairement indiqué que les messagers ont été envoyés à tous les peuples. Deuxièmement, comme Yunus sb., Reyaz sb. tire uncertain nombre de parallèles entre les écritures musulmanes et hindoues. Ces similitudes, soutient-il, montrent que les hindous sont aussi Ahl-e-Kitab.

 Avec ma connaissance limitée de l'Islam et encore moins de compréhension de l'hindouisme, je ne peux soutenir ni contester ces affirmations. Mais pour un certain nombre de raisons, je doute qu'ils servent dans le but d'améliorer les relations entre hindous et musulmans.

 D'abord, les musulmans ont eu des relations bien pires avec les peuples traditionnellement reconnus du Livre, à savoir les juifs et les chrétiens. C'est avec ces groupes religieux que les musulmans ont combattu les guerres les plus sanglantes tout au long de leur histoire, depuis les croisades jusqu'à l'imbroglio actuel israélo-palestinien. C'est dans des sociétés dominées par d'autres Ahl-e-Kitab que les musulmans commettent la plupart de leurs actes terroristes. C'est également aux mains des chrétiens et des juifs que les musulmans subissent les pires formes d'islamophobie. Au contraire, l'Islam a toujours entretenu de meilleures relations avec les sociétés qui ne sont pas habituellement considérées comme les gens du Livre, à savoir les hindous et les bouddhistes. C'est encore le cas aujourd'hui.

 Leurs propres pires ennemis

 Ensuite, les musulmans sont le plus souvent leurs propres pires ennemis. La violence sectaire a été pour les sociétés musulmanes un plus grand fléau que les guerres avec les juifs et les chrétiens, et continue de l'être. Davantage de chiites ont été tués par des sunnites que par des non-musulmans. Des sectes plus petites, comme les ahmadiyas, souffrent plus aux mains d'autres sectes musulmanes que sur la base de l'islamophobie ou de toute autre sorte de fanatisme religieux. Même les sociétés relativement pacifiques tombent facilement dans des accès de sang sectaire qui durent des années, comme cela s'est produit en Irak après la chute de Saddam Hussein. Le Pakistan, conçu comme la société islamique idéale, est l'exemple parfait de la façon dont un musulman peut haïr profondément un autre musulman. Et nous ne parlons pas ici des différences religieuses : les choses semblent bien pire lorsque des différences racistes et ethniques font surface parmi les musulmans.

 Par conséquent, être Ahl-e-Kitab n'est pas une garantie que la communauté aura une meilleure relation avec les musulmans. En effet, être musulman en soi ne profère pas de tel espoir. Donc, en faisant valoir que les hindous sont également Ahl-e-Kitab, il est très improbable que les relations entre hindous et musulmans s'en trouveront améliorées. En fait, cela ne peut faire qu'empirer les choses. Si les musulmans communément commencent à croire que les hindous ne sont pas « polythéistes » et qu'ils sont Ahl-e-Kitab, ils commenceraient aussi attendre des hindous qu'ils cessent de prier devant des idoles. Ils peuvent même s'attendre à ce que les hindous évitent le polythéisme et commencent à croire en un « seul vrai Dieu ».

 Le fait que les musulmans extrémistes ne mènent généralement pas la guerre contre les hindous par rapport aux croyances hindoues et leurs pratiques - même s'ils dénoncent et tuent des musulmans comme les barelvis pour avoir des pratiques « hindoues » - est parce que les hindous sont reconnus comme appartenant à une toute autre foi. La violence musulmane en Inde, il faut le rappeler, vient davantage de la discrimination réelle ou perçue contre les musulmans, rien d'autre. Cependant, si les musulmans commencent à accepter que les hindous ne sont pas « polythéistes » mais qu'ils sont Ahl-e-Kitab, nous pouvons facilement imaginer que des sections de la société musulmane disent aux hindous comment pratiquer leur foi en conformité avec les croyances abrahamiques. Leur manière de prier ne fera qu'aggraver les choses et engendrer de l'animosité inutile.

 Comme je l'ai souligné au début, l'objectif de Reyaz et Yunus Saheban de rendre les musulmans plus tolérants envers les autres religions, et l'hindouisme en particulier, est très admirable. Etablir des parallèles doctrinaux et spirituels entre l'Islam et l'hindouisme est tout aussi louable. Mais établir des «parallèles» et établir des «liens» ne sont pas la même chose. Cela a des significations différentes, et des conséquences différentes. On peut créer des similitudes, une ressemblance ou du moins l'espoir d'une ressemblance. Lorsque cette attente n'est pas satisfaite et elle ne le sera pas, parce que les Hindous eux-mêmes ne se soucient pas de savoir s'ils sont Ahl-e-Kitab ou « polythéistes », cela peut conduire au ressentiment, à la coercition et à l'effusion de sang.

 Il n'y a rien de mal dans le fait que les hindous ne sont pas Ahl-e-Kitab. Et il n'y a rien de mal à ce que les hindous soient « polythéistes ». Ce que les hindous sont, ou ne sont pas, est à méditer par les hindous et pour eux-mêmes. Les musulmans comme moi n'ont rien à dire à ce sujet et nous ne devrions pas nous en occuper.

 Cependant, il est mauvais que les musulmans croient qu'ils doivent tuer tous les «polythéistes», tous les non-Ahl-e-Kitab, tous les non-musulmans, ou tous les musulmans qui n'appartiennent pas à une secte particulière, comme une sorte de devoir religieux. Les musulmans comme moi, Yunus et Reyaz saheban, ont un mot à dire, et c'est ce métier qui doit être le nôtre.

 Saif Shahin, un chroniqueur régulier pour New Age Islam, est un étudiant en doctorat de communication politique à l'Université du Texas à Austin, États-Unis.

URL of English article: http://www.newageislam.com/interfaith-dialogue/saif-shahin,-new-age-islam/muslims-needn’t-tell-hindus-who,-or-what,-they-are/d/9837

URL: http://newageislam.com/french-section/saif-shahin,-new-age-islam/les-musulmans-n-ont-pas-besoin-de-dire-aux-hindous-qui,-ou-ce-qu-ils-sont/d/12141

 

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