
Par Sultan Shahin, Rédacteur-en-chef, New Age Islam
7 Décembre 2011
· L’Islam est une religion universelle. Notre Prophète vint pour servir l’humanité. Tous les autres Prophètes vinrent pour servir seulement leurs peuples. Seul l’Islam est une religion universelle pour toute l’humanité.
· L’Islam est protégé par l’épée depuis 1000 ans. Il n’existait pas d’Etat pour protéger la Bible ou d’autres livres saints. Le Prophète Mohammad (que la paix soit sur lui) créa un Etat pour protéger le Coran. Ainsi le Coran était protégé. L’épée le protégeait.
· Le Coran est la parole divine. Littéralement. Des mots d’origine divine et humaine sont mélangés dans la Bible. Dans la Torah, le Prophète Ismaël est décrit comme un imbécile. Dieu peut-il appeler un imbécile l’un de ses Prophètes?
· Une douzaine de personnes viennent dans ce centre chaque mois pour se convertir. Une fille de 21 ans est venue récemment. Père méthodiste anglais. Mère irlandaise. Ses parents n’approuvaient pas sa décision. Mais elle était inflexible. Comment pourrais-je refuser? 12 fois par mois, des gens viennent pour se faire convertir à l’Islam. Parce que l’Islam est la parole divine.
· L’Islam résout magnifiquement les problèmes. Des solutions simples, propres. Par exemple, la polygamie est nécessaire dans certaines situations. La guerre crée des situations dans lesquelles il n’y a pas assez d’hommes pour chaque femme. Un demi-mari est mieux que rien. Grâce à la polygamie une femme qui ne donne pas d’enfant n’a pas à subir le divorce.
· L’usage de versets coraniques pour justifier la violence, comme le 11 septembre, est la pire façon de défigurer l’Islam. 800 vies musulmanes furent prises le 11 septembre. Le 11 septembre n’était pas un évènement religieux, mais purement politique. Les musulmans n’ont jamais été des terroristes dans l’histoire. Même durant le conflit entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique, les musulmans étaient du côté des Etats-Unis. Oussama Ben Laden était à l’époque un ami des Etats-Unis. Il voulait probablement une récompense pour avoir soutenu les Etats-Unis dans la lutte contre l’Union Soviétique. Mais il ne reçut rien et se retourna donc contre les Etats-Unis. Nous nous sommes sentis soulagés après sa mort. Son ghaibana namaz-e-Janaza (prière funéraire prononcée en l’absence du défunt) ne fut pas dite ici, aux Etats-Unis. Il était une des raisons majeures de l’Islamophobie.
· L’Islamophobie et le terrorisme nous rendent la vie difficile ici. Nous essayons de convaincre les Américains que nous sommes un peuple modéré. Par exemple, il y a beaucoup de violence aux Etats-Unis. Des milliers de cas de viol, de meurtre et d’autres actes de violence sont enregistrés. La communauté dont les membres ne commettent pas de violence est la communauté musulmane. Les statistiques des crimes musulmans sont zéro. Au niveau mondial également, les musulmans qui s’engagent dans des violences extrémistes ne constituent qu’un minuscule pourcentage dans une communauté forte de 1,5 milliard de membres.
· L’Islamophobie est un phénomène nouveau, promu par les médias anti-islamiques. La politique extérieure américaine a un effet positif pour les musulmans. La période Bush était mauvaise. Les choses vont mieux sous Obama. Mais certains droits acquis dans notre pays alimentent les flammes de la haine.
· L’Islam est la dernière et la plus jeune des religions. L’Islam est la religion qui croit le plus vite. Elle est perçue par les intérêts de certains comme une menace, une menace grandissante. Personne n’attaque les autres religions. Les raisons n’en sont pas difficiles à voir. L’Islam est contre la pornographie, le trafic de drogue, l’alcool, le porc, le jeu et le système bancaire occidental – c’est donc une menace. Tous ces intérêts se liguent contre l’Islam.
· Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de terroristes musulmans dans ce pays.
· Tant que l’Etat palestinien ne sera pas établi, il y aura de la violence et du terrorisme.
· Les musulmans arabes demandent la liberté et la démocratie. Ainsi les musulmans et les Etats-Unis sont dans le même bateau. Nous soutenons les valeurs des Etats-Unis. Mais en tant que musulmans nous vivons selon les valeurs islamiques.
Voilà les opinions de l’imam Shamsi Ali, l’imam de l’Islamic Culture Center de New York, qui est la plus grande mosquée de la ville, située à l’angle de la 96 ème rue et de la 3ème avenue, à Manhattan. Il est le président de la mosquée Al-Hikmah à Astoria et le directeur du Jamaica Muslim Centre dans le quartier du Queens. Il est également membre du Conseil consultatif de nombreuses organisations interreligieuses, y compris le Tannenbaum Centre et la Federation for Middle East Peace. Il est en outre président du Conseil de Direction pour la ASEAN Muslims Federation of North America et pour le Partnership in Faith in New York et co-fondateur du UNCC (Universal Clergy Coalition-International). De plus, il est Directeur Assistant et membre du Conseil de Direction de la Muslim Foundation of America, Inc., et Président de la Muslim Day Parade annuelle à New York. Il est finalement vice-président de la Asian-America Coalition USA (AAC-USA) et son représentant auprès des Nations-Unies.
Ceci peut sembler être une biographie un peu longue pour un article court, mais elle est en réalité plutôt courte, seulement 10% de celle que propose le State Department à notre équipe de 20 journalistes musulmans asiatiques, dans le cadre du programme « Multiples facettes de l’Islam ». L’objectif est le suivant : l’imam Shamsi est un leader religieux musulman très influent. L’administration américaine, plusieurs autres gouvernements ainsi que les leaders de différentes religions le traitent avec le plus grand respect. Il a en effet une grande influence parmi les musulmans de New York et peut-être ailleurs dans le pays.
Une étude approfondie de ses opinions nous révèlera sans doute dans quelle direction l’Islam américain évolue. Il faut donc étudier avec attention ses pensées sur l’Islam, le pluralisme, les relations entre les religions, le terrorisme, l’Islam et l’Occident, l’Islam en Amérique, le 11 septembre, etc… pour être capable de comprendre la situation de l’Islam américain. Les citations ci-dessus ont dû vous en donner une idée. L’Imam Shamsi est clairement un représentant du Wahhabisme, de l’Islam des pétrodollars. Et pourquoi pas ? Il est l’imam d’une mosquée qui fut construite par les pétrodollars arabes, principalement d’origine koweitienne. Ainsi, l’ambassadeur du Koweït est toujours le président du Conseil de Direction des centres islamiques ; pratiquement tous les ambassadeurs arabes sont membres du Conseil.
L’imam Shamsi peut être considéré de façon sûre comme représentatif de la communauté des imams musulmans aux Etats-Unis. Tous les imams viennent de madrasas et de départements d’études islamiques financés par les pétrodollars arabes. Le seul et unique curriculum disponible partout est celui fourni par l’Arabie Saoudite et les sites internet islamiques financés par elle.
Lors d’une autre conversation, cette fois avec un représentant de l’Islam modéré, Daisy Khan, fondatrice de l’American Society for Muslim Advancement (ASMA), ainsi qu’avec son mari, l’imam Feisal Abdul Rauf, je m’enquérais de l’existence d’un curriculum modéré où que ce soit. Elle répondit qu’ASMA « re-forme » les imams en Afghanistan et entend faire de même au Pakistan. Je lui demandais quelle était son expérience de la « re-formation » des imams en Amérique et si elle pensait qu’ils peuvent véritablement être formés de nouveau. Mais il apparu que cette question était basée sur une supposition erronée. J’avais supposé qu’elle avait déjà l’expérience de cette « re-formation » aux Etats-Unis. Elle ne pouvait expliquer pourquoi la charité ne commençait pas chez elle pour elle, mais je suppose que cela est dû à une confusion répandue dans beaucoup de sociétés multi-religieuses, y compris en Inde, selon laquelle les musulmans évolueraient naturellement en une communauté tolérante de la diversité et pleine de respect envers les autres fois en vivant dans une société séculaire et multiculturelle.
L’Islam a une longue histoire de coexistence respectueuse avec d’autres communautés religieuses. Respecter les fondateurs d’autres religions et leur accorder le même statut qu’à notre propre Prophète (que la paix soit sur lui) fait partie intégrante de notre foi, comme l’enseigne le Coran. Mais le suprématisme islamique, et même le mépris des autres cultes, a été répandu avec une telle passion par les médias, écoles, universités et madrasas financés par les pétrodollars, défigurant le message de l’Islam, qu’il est devenu une croyance commune pour les musulmans dans le monde entier. « Nous seuls (les Wahhabites) iront au Paradis, le reste des musulmans et bien sûr, les autres, sont tous du combustible pour l’Enfer, » est devenu le sentiment général. Les faits, cependant, prouvent le contraire. Dieu nous a dit que l’Islam n’est pas une religion nouvelle, c’est la même religion qui fut révélée à des dizaines de milliers de prophètes depuis que le premier homme et premier prophète Adam (que la paix soit sur lui) vint sur Terre. Tous ces prophètes prêchèrent à leurs peuples dans la langue de leur région et de leur époque. Dans le Coran, Dieu promet de juger les gens sur la base de leur foi et de leurs actes. Mais l’imam Shamsi et, en fait, tous les autres imams, nous disent que l’Islam seul est une religion universelle. Donc le christianisme et le judaïsme devraient demeurer confinés à la Palestine et à Israël, l’hindouisme et le bouddhisme à l’Inde, etc.
Il est assez simple de deviner la réaction de ses interlocuteurs chrétiens, juifs, bouddhistes ou hindous lorsque l’imam Shamsi leur annonce au cours des « dialogues interreligieux » qu’il organise que les fondateurs de leurs religions leur ont apporté des enseignements destinés uniquement à leurs régions et non au monde entier, et que les enseignements de Dieu révélés par le Prophète Mohammed (que la paix soit sur lui) étaient destinés au monde entier.
Mais, et c’est plus important, si les musulmans américains permettent aux opinions suprématistes et non-islamiques d’obscurcir leur horizon, cela n’est pas de bonne augure pour leur intégration dans la société américaine. Déjà, comme je l’ai découvert dans une grande salle désignée comme la salle de prière musulmane dans le bâtiment du Congrès sur la colline du Capitole, quasiment tous les participants des prières du Vendredi ont été formés par les Wahhabites et suivent leurs pratiques. Cela ne signifie pas nécessairement qu’ils sont tous des Wahhabites. Tous les Wahhabites ne sont pas non plus des extrémistes. Et si les imams, les médias, les livres et les sites internet wahhabites sont les seuls disponibles pour accéder à une formation religieuse, que peut-on apprendre d’autres ? Mais les imams comme l’imam Feisal Abdul Rauf devraient s’atteler avec plus d’énergie à créer un système éducatif islamique modéré, avec des curriculums, des manuels, etc. qui seraient d’abord disponibles pour les musulmans américains, et ensuite pour les Afghans, les Pakistanais et le reste du monde musulman.
Ce serait une tragédie si les musulmans américains aussi suivaient la voie de leurs coreligionnaires britanniques. Ce que Sheikh Omar Bakri Mohammad, fondateur du Hizb ut-Tahrir et du Al-Muhajiroun, fit dans les années 1980 au Royaume-Uni, est en train d’avoir lieu aujourd’hui aux Etats-Unis sous l’impulsion d’un certain nombre d’organisations et d’imams comme Shamsi. Evidemment, à la suite du 11 septembre, ces éléments doivent surveiller leur langage de près. Ils doivent continuellement énoncer des platitudes au sujet de l’Islam s’opposant au terrorisme, etc... ce qu’il fait, évidemment.
Mais posez leur des questions spécifiques sur le pluralisme, la coexistence, le respect des autres cultes, le traitement des autres groupes religieux véritablement comme Ahl-e-Kitab, sur l’applicabilité aujourd’hui des instructions du Saint Coran liées à la guerre, sur l’interdiction des lieux de culte des minorités en Arabie Saoudite, la quasi-interdiction de la propagation d’autres religions presque partout dans les pays à majorité musulmane, etc… et le fin vernis de civilisation commence à s’effilocher. L’ironie se perd complètement même sur les musulmans qui disent leurs prières dans la salle de prière de la colline du Capitole, le siège de la démocratie américaine ; ils ne prennent pas la peine d’exprimer une opinion sur l’impossibilité de disposer d’un lieu de culte où que ce soit dans toute l’Arabie Saoudite, le siège de l’Islam. Ils ne demandent peut-être pas des « zones contrôlées par la Sharia » et autres, à la Britannique, mais qui sait où cette tendance peut mener.
D’ailleurs, la salle de prière musulmane a été officiellement sponsorisée par les membres du Congrès Andre Carson (D-IN) et Keith Ellison (D-MN) et autorisée par nul autre que le candidat républicain à la présidence et à l’époque, House speaker, Newt Gingrich. On compte environ 100 musulmans qui travaillent pour le Congrès en tant qu’informaticien, ou au sein de la recherche politique ou législative, parmi les participants réguliers de la prière du vendredi. C’est leur organisation, la Congressional Muslim Staff Association (CMSA), qui organise ces prières hebdomadaires. Bien qu’il y ait un imam permanent, presque toutes les semaines les organisateurs invitent un imam ou un khateeb (prêcheur) de formation, qui peut même être un activiste social ou politique, venu de différents coins du pays. A en croire Fox News, un de ceux qui ont dirigé la prière ici fut même Anwar al-Awlaki, le fameux membre d’Al Qaeda tué récemment au Yemen.
Il est clair que les modérés capables de lire entre les lignes doivent mener un combat aussi dur aux Etats-Unis qu’ailleurs. L’Arabie Saoudite continuera à exporter le Wahhabisme à travers le monde. Elle va continuer à dépenser des dizaines de milliards de dollars dans ce projet, comme elle l’a fait depuis 1974 et poursuivi même après le 11 septembre. Il serait futile de s’attendre à un quelconque soutien de la part des Etats-Unis ou de tout autre gouvernement. Les Etats-Unis continueront à protéger l’évangélisme saoudien et leur non-respect des règles islamiques civilisées. S’il y avait un pays méritant un changement de régime à la suite du 11 septembre, c’était clairement l’Arabie Saoudite. 16 des 19 terroristes impliqués dans les attentats étaient saoudiens. Mais, loin d’évoquer une intervention, les Etats-Unis ne lancèrent pas même un avertissement aux Saoudiens. Ils ne peuvent intervenir dans les affaires internes, et encore moins dans les affaires religieuses. C’est grosso modo le message que je reçus des deux envoyés de l’administration d’Obama chargé du dialogue avec les musulmans, Farah Pandith et Rashad Hussain, avec lesquels nous avons interagis dans des réunions séparées. Idem pour tous les pays.
Et peut-être est-ce la voie à suivre. Une intervention gouvernementale pourrait faire empirer les choses ; donner aux pourvoyeurs de Jahiliya au nom de l’Islam un nouveau bâton pour battre le monde. En tous les cas, ceci est une guerre au sein de l’Islam avant tout. C’est une tentative de colonisation des esprits musulmans. Ce sont les musulmans qui devraient la combattre. C’est aux musulmans progressistes, aux ulemas (érudits religieux) modérés de créer un mouvement social qui puisse renverser la marée montante du Wahhabisme radical, promu avec tant d’assiduité par les Saoudiens, même si la tâche leur apparait herculéenne.
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